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Souvenirs du service militaire

J'ai fait mon service militaire à l'île de la Réunion dans l'armée de terre, plus précisément dans l'infanterie de marine. Nous faisions parti des FAZSOI: Forces Armées de la Zone Sud de l'Océan Indien. J'ai été incorporé en janvier 1990 et nous nous trouvions dans un contexte historique très particulier: Le mur de Berlin et le rideau de fer venaient de tomber. Les grandes puissances discutaient de la possibilité de réunifier les deux Allemagnes et la CEE envisageait de s'élargir à l'est. La guerre froide qui avait marqué notre jeunesse venait de s'achever par une victoire occidentale et nous en étions convaincu: il n'y aurait plus jamais la guerre. D'ailleurs l'adjudant-chef nous l'avait bien dit: la menace que représentait l'armée soviétique ayant disparu, le service militaire n'avait plus lieu d'être et allait bientôt être supprimé. Et puis il avait ajouté qu'il était navré de nous faire perdre notre temps avec ces exercices militaires inutiles étant donné que nous avions bien mieux à faire dans le civil. Très touchant venant d'un homme qui n'hésitait pas à nous faire faire des pompes en plein soleil tropical et qui après chaque exercice de tir, nous faisait récurer les FAMAS jusqu'à deux heures du matin...

 

Etrange tout de même comment l'humanité traverse parfois brièvement une période de douce illusion et se persuade que la guerre appartient définitivement au passé. Mon grand-père me racontait que lorsqu'il était enfant dans les années 1920, il entendait les anciens combattants de la grande guerre se bercer dans l'illusion de la paix éternelle, espoir insensé suscité par la SdN (Société des nations). Il se souvient qu'un ancien combattant l'avait montré du doigt et avait dit aux autres: "Tenez, regardez le petit là-bas; il ne fera jamais la guerre!". Quinze ans plus tard, ce même petit était dans l'artillerie et balançait sans grandes convictions des obus sur l'armée allemande qui déferlait sur la France...

 

Notre illusion de paix éternelle allaient faire long feu, et nous devions faire partie des premiers appelés français depuis 1962 à effectuer leur service militaire dans une France en guerre. Bien entendu, la guerre du golfe n'allait pas avoir de conséquences directes sur les bidasses de la Réunion mais le fait de porter l'uniforme de l'armée française alors que notre pays prenait part à une guerre lointaine était un fait marquant pour nous qui jusqu'à présent avions toujours vécu dans un pays en paix.

 

Toujours est-il que j'ai gardé un excellent souvenir de mon service militaire à la Réunion. J'étais émerveillé par la gentillesse, la camaraderie et la fraternité multiraciale des réunionnais. Je garde un souvenir ému de ces bivouacs en pleine montagne et des appelés réunionnais chantant "Ti Fleurs Fanées" autour du feu de camp.

 

J'ai également été ému par le patriotisme des réunionnais et leur respect pour le tricolore et la patrie. Les métropolitains feraient bien de s'inspirer des réunionnais. J'étais à la Réunion lorsque le TGV a battu un nouveau record du monde. 508km/h si ma mémoire est exacte. J'étais impressionné par l'aspect technique et je m'amusais à calculer combien de temps il faudrait pour faire Paris-Pékin à une telle vitesse. Pendant que j'étais perdu dans rêvasseries technologiques, les réunionnais sautaient de joie: La France détenait le record de vitesse ferroviaire! Peu importe s'il n'y aurait jamais de TGV à la Réunion, peu importe s'ils n'auraient jamais l'occasion de l'emprunter. La France était la meilleure et ils étaient fiers de leur pays. Des réunionnais sachant que j'avais été au Japon m'ont demandé si je connaissais la vitesse maximum du Shinkansen. Ils ont bombé le torse de fierté lorsque je leur ai dit qu'il ne devait pas dépasser les 300km/h et que prendre le Shinkansen était une bien piètre expérience pour un habitué du TGV français.


 

Pendant les classes, les gradés nous faisaient chanter des chansons militaires grivoises. Un soir, dans la chambrée, un appelé particulièrement talentueux s'était amusé à faire une traduction "arrangée" en créole de l'une de ces chansons. La traduction créole était encore plus grivoise que la version française officielle et ce n'était pas peu dire... Le soir avant de nous coucher, nous nous défoulions en chantant a tue-tête la version créole. Je ne connaissais pas le créole réunionnais lorsque j'ai été incorporé et cette chanson m'a permis de faire des progrès fulgurants dans la compréhension de cette langue charmante.

 

C'est en outre pendant mon service militaire que j'ai découvert les grandioses montagnes réunionnaises, notamment les cirques de Salazie et de Mafate. C'est à la Réunion, lourd sac militaire sur le dos et FAMAS en bandoulière que j'ai fait ma première grande randonnée pédestre: depuis le barachois de Saint-Denis jusqu'à la Grande Chaloupe en passant par la Montagne.

 

Les classes se sont achevées par une manœuvre militaire: la manœuvre géranium (le géranium est une plante abondamment cultivée dans les hauts de la Réunion). Nous jouions le rôle des méchants: des mercenaires qui avait tenté de renverser le pouvoir dans un pays ami de la France et nous étions poursuivi par les parachutistes du 2ème RPIMA de Pierrefonds près de Saint-Pierre. La poursuite s'est déroulé à travers les cirques de Salazie et de Mafate. Le cirque Mafate présente la particularité de n'être accessible qu'à pied ou bien en hélicoptère. En outre, Mafate est l'un des rares endroits en France qui ne soit pas raccordés aux réseaux EDF et au réseau filaire de France Telecom. L'électricité provient donc de panneaux photovoltaïques ou de bruyants générateurs. France Télécom venait juste d'installer les premiers téléphones cellulaires fixes ce qui représentait un progrès immense pour les habitants de Mafate.

 

Je me souviens notamment d'une nuit passée dans la magnifique forêt de Bélouve dans le cirque de Mafate. Je devais prendre un tour de garde entre 3 heures et 3 heures 30. C'est le pire tour de garde que l'on puisse imaginer car c'est vers 3 heures du matin que l'on dort le plus profondément. En fait, vers 3 heures du matin, je suis plongé dans une sorte de coma dont j'ai généralement beaucoup de mal à m'extirper. Nous étions en février, c'est à dire le mois le plus chaud de l'été austral mais en raison de l'altitude, les nuits étaient fraiches et j'étais transi en sortant de mon sac de couchage. Après avoir laborieusement lacé mes rangers, je me retrouvais seul avec mon FAMAS au milieu d'une cinquantaine de bidasses profondément endormis. La lune éclairait faiblement le paysage et je distinguais à peine la silhouette des arbres parfois enveloppés de légères volutes de brume. Je goutais à la tranquillité de la nuit lorsque soudain j'entendis un bruit suspect. Je m'avance lentement en direction du bruit. Je ne vois rien. J'énonce les sommations d'usage que nous avait enseignées l'adjudant-chef. Pas trop fort par peur du ridicule et par peur de réveiller les copains. Je continue à entendre les bruits. Je m'avance prudemment mais les sous-bois sont tellement obscures que je ne vois toujours rien. Je passe à l'étape suivante de la procédure de sommation et j'arme mon FAMAS le plus bruyamment possible. Je continue à entendre les bruits. L'étape suivante de la procédure consiste à tirer un coup de sommation en l'air (Le FAMAS était chargé de balles à blanc). J'hésite de peur de réveiller les copains alors je m'avance encore de quelques pas et je me retrouve nez à nez avec un vache impassible qui m'observait fixement avec son doux regard bovin...

 

Je me souviens également, qu'une grenade au plâtre avait été remise à chaque soldat. Etant d'un naturel maladroit, je préférais ne pas jouer avec ces jouets militaires et arrivé au fond du cirque de Salazie, j'ai offert la mienne à un co-appelé qui l'a immédiatement dégoupillée et jetée le plus loin possible sans le moindre discernement. La grenade a atterrit sur le toit d'une case en tôle, faisant un bruit assourdissant. Le propriétaire de la case a immédiatement giclé à l'extérieur vociférant des gros mots créoles que je ne comprenais pas. Quant à mon pote, il comprenait visiblement très bien et se sentait tout penaud.

 

Après trois jours de poursuite ponctuée de multiples escarmouches, nous avons tous été fait prisonniers par les parachutistes du 2ème RPIMA. Retour sous une pluie diluvienne jusqu'à des camions militaires. L'adjudant chef nous a rassuré en nous disant que la peau est étanche. Puis il a décidé de nous apprendre à compter en anglais et nous a fait courir en beuglant "ONE TWO THREE FOUR ONE TWO THREE FOUR..."

Le retour à la caserne Lambert à Saint-Denis était rendu quelques peu laborieux par des coulées de boues qui encombrait parfois la route. En redescendant le cirque de Salazie, nous surplombions la mer et j'ai constaté que celle-ci était boueuse presque jusqu'à l'horizon. J'avais trouvé le spectacle de ces milliers de mètres cubes de terre emportés jusqu'à la mer par les pluies torrentielles quelques peu effrayants: La Réunion, aujourd'hui si verdoyante, ne risque-t-elle pas à terme de devenir un désert de roches volcaniques?  Un réunionnais m'a confirmé que l'érosion est effectivement un problème préoccupant à la Réunion.

Lorsque nous sommes arrivés à la caserne, une gigantesque queue s'est immédiatement formée devant les toilettes. Nous sommes tous tellement habitué au confort moderne que très rares sont ceux qui avait réussi à se résoudre à vidanger leurs intestins derrière un buisson...

 

 

 

 
     

 

 

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